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Allocution de Son Excellence Monsieur Abdou Diouf

Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie


Abdou Diouf © Ina

Monsieur le Président de la Fédération Internationale des Archives Audiovisuelles,

Mesdames, Messieurs,

Je dois d'abord vous remercier de m'avoir invité à participer à cette 27ème Conférence annuelle de la fédération Internationale des Archives de Télévision, et de donner ainsi au Secrétaire général de la Francophonie l'occasion de vous faire part en quelques mots de ses réflexions et de ses préoccupations sur les sujets qui vous réunissent ici à Paris pour quelques jours.

Vous le dites d'emblée, et avec pertinence : la sauvegarde des archives audiovisuelles est un enjeu mondial. Cette mémoire audiovisuelle accumulée au cours de 60 ans d'histoire de la radio et 50 ans d'histoire de la télévision est devenue un élément majeur du patrimoine culturel de l'humanité.

La radio et la télévision ont en effet pris une place centrale dans notre vie collective. Elles sont devenues des éléments essentiels de l'expression de nos pensées, de nos cultures, de nos identités. Leurs archives constituent des trésors inestimables. Elles contiennent des documents, des témoignages souvent exclusifs et uniques de notre histoire contemporaine. Oui, il s'agit bien d'un trésor culturel mondial, et nous avons la responsabilité de le transmettre aux générations futures. Ce trésor est en effet une expression de l'identité culturelle des peuples et il doit servir au renforcement du dialogue des cultures. Il est un réservoir de la diversité culturelle, un outil nécessaire au partage et à la compréhension entre les hommes.

Nous retrouvons, au cœur de la problématique de la préservation des archives audiovisuelles, pour laquelle vous vous mobilisez tous avec ardeur et conviction, toutes les valeurs essentielles de la Francophonie.

Nous avons fait de la diversité culturelle un axe prioritaire de notre action. Nous nous sommes engagés avec détermination pour l'adoption dans le cadre de l'UNESCO d'un instrument juridique contraignant susceptible de permettre aux créations artistiques et culturelles de ne pas subir les effets pervers des lois du marché, de ne pas être traitées comme de simples marchandises. Nous mesurons déjà très bien les risques que la mondialisation en cours fait courir à l'intégrité des cultures. L'évolution du secteur audiovisuel montre bien que si, bien entendu, la liberté des échanges doit être garantie, il est clairement nécessaire, par des dispositions normatives, et une régulation, de garantir aussi le droit pour chacun, pour chaque peuple, de protéger ce qui fonde son identité et sa liberté : sa langue, son histoire, sa culture, et forcément sa mémoire.

Les efforts que vous déployez en faveur des archives audiovisuelles se situent exactement dans cette démarche, et c'est pour cela que je suis venu vous dire ici que la Francophonie s'y intéresse, se sent concernée et les soutient. L'Organisation internationale de la Francophonie et ses opérateurs ont déjà commencé à s'impliquer dans le renforcement des capacités documentaires et archivistiques francophones, et travaille par exemple avec le Conseil International des Archives et la Fédération Internationale des Associations de Bibliothèques et de Bibliothécaires sur des projets ambitieux faisant appel largement aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Compte tenu des enjeux liés à la diversité culturelle et au secteur audiovisuel, ces programmes de coopération de la Francophonie seront forcément appelés à se développer et à s'élargir. Et nous le ferons avec deux grandes préoccupations, qui marquent d'ailleurs l'ensemble de nos actions.

La première concerne le renforcement de la coopération et de la concertation internationale, la seconde concerne la nécessaire solidarité avec les pays du Sud, et le besoin impératif de contribuer à réduire la fracture numérique entre pays développés et pays en développement.

Les statistiques et les évaluations disponibles, que tous les éminents spécialistes ici connaissent bien mieux que moi, nous donnent la mesure de la gravité de la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui les archives audiovisuelles dans le monde. Un retard considérable a été accumulé dans le traitement de cette question, et plus ce retard s'accumule, plus les coûts deviennent exorbitants. La communauté internationale a bien pris conscience de l'enjeu depuis longtemps. L'UNESCO en particulier, à qui je rend hommage et qui réalise dans ce domaine un travail considérable et courageux, nous a exposé les données essentielles de ce problème en 1980, lors de sa Conférence générale de Belgrade. Depuis, dans un petit nombre de pays développés, des politiques ont été définies et des moyens mis en œuvre. En France par exemple, nous connaissons et nous admirons le travail accompli par l'Institut National de l'Audiovisuel. Je sais aussi que le Ministère français des Affaires étrangères, dans le cadre de ses actions en faveur de la diversité culturelle, engage des projets du Fonds de Solidarité Prioritaire pour la préservation du patrimoine audiovisuel africain.

Mais dans la majorité des pays du monde, et surtout, bien sûr, dans ceux du Sud, les archives audiovisuelles sont restées à l'abandon et sont aujourd'hui menacées de destruction totale, de disparition pure et simple. Je vous le dis du fond du cœur : cette situation n'est pas acceptable.

Récemment, j'ai eu l'occasion d'effectuer une visite officielle au Cambodge et je me suis rendu sur le site des temples d'Angkor. J'ai pu constater les résultats extraordinaires obtenus par la mise en œuvre d'une coopération internationale en faveur du patrimoine mondial de l'humanité. Nous devons être convaincus qu'il ne s'agit pas en l'occurrence d'un miracle, et que des résultats comparables pourront être obtenus en faveur de notre patrimoine immatériel.

La Fédération Internationale des Archives de Télévision, dans le prolongement du travail accompli par l'UNESCO, œuvre sans relâche pour développer cette coopération internationale qui me parait être la seule voie crédible pour répondre à la menace qui nous inquiète. Je félicite la FIAT pour ce travail de sensibilisation et de rassemblement, et je l'encourage à se rapprocher davantage de tous les acteurs du monde culturel, qui se mobilisent de plus en plus nombreux dans le combat en faveur de la diversité culturelle.

Le développement récent et rapide du numérique a soulevé des espoirs gigantesques en nous laissant espérer la mise en place d'une société de l'information dont les nouveaux outils pouvaient permettre un accès plus égalitaire à la connaissance, et donner aux pays les plus défavorisés la chance d'accéder plus vite au développement. La mondialisation, telle qu'elle s'installe aujourd'hui nous oblige à être plus circonspects. Bien sûr, le numérique et l'Internet nous conduisent à repenser toutes nos conceptions de l'information et toutes nos conceptions sur la gestion et la conservation de l'information, et les perspectives offertes dans ce contexte aux archives audiovisuelles sont fondamentalement renouvelées. Les travaux du Sommet Mondial sur la Société de l'Information dont le premier volet s'est tenu à Genève en décembre dernier ont cependant bien montré que cette Société de l'Information pourrait peut-être devenir une chance pour le Sud, mais qu'elle est encore loin de l'être, et qu'elle ne le sera pas avant bien longtemps si la solidarité internationale ne se concrétise pas rapidement et de manière significative pour réduire cette fracture numérique qui s'installe, et qui s'aggrave entre le Nord et le Sud.

Quelles sont aujourd'hui dans le monde les archives audiovisuelles les plus menacées de mort ? Vous connaissez tous la situation consternante de la plupart des radios et des télévisions d'Afrique, ce continent de la tradition orale, qui, comble du paradoxe, n'a ni archives sonores, ni archives radiophoniques, où par manque de moyens, on réutilise les cassettes d'enregistrement, où au mieux, on les laisse se dégrader irrémédiablement dans la poussière et dans l'oubli ! Pour que ces pays puissent profiter réellement des possibilités offertes par le numérique, il faut les aider à se doter de cadres juridiques appropriés, de ressources humaines convenablement formées, de moyens techniques. Pour sauver leurs archives, leur mémoire audiovisuelle, il faut leur donner toutes les chances de ne pas rater ce rendez-vous historique du numérique.

Je sais que les responsables de la FIAT partagent ce diagnostic. C'est pour cela que je n'ai pas hésité à venir aujourd'hui les soutenir.

Mesdames, Messieurs,

J'ai lu avec attention l'Appel de Paris que lance la FIAT à l'occasion de sa 27ème Conférence annuelle, avec le soutien de l'UNESCO et du Conseil de l'Europe, et en association avec d'éminentes organisations et associations. Cet Appel fait référence au maintien de la diversité et des identités culturelles, à la réduction du fossé numérique, au besoin de mobiliser des ressources humaines et financières pour le Sud. Vous situez ainsi le besoin vital de préserver le patrimoine audiovisuel mondial dans une démarche forte et qui correspond exactement aux valeurs et aux convictions de la Francophonie. L'Organisation internationale de la Francophonie adhère pleinement à cet Appel de Paris. Soyez assurés de son soutien et de sa disponibilité pour vous aider à atteindre ces objectifs.

Je vous remercie de votre attention.


Abdou Diouf - Emmanuel Hoog © Ina

 

Last update : 01/03/06
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